Quelques informations sur Samoëns et son histoire

Samoëns est un gros village, très charmant, qui a su garder son centre historique.

Il est situé au cœur de la vallée du Haut Giffre à 714 mètres  d'altitude et à 17 km de la sortie de l'autoroute à Cluses.

Il  s'est beaucoup développé depuis 1950 grâce au tourisme d'été et d'hiver. Le domaine skiable est situé sur le Grand Massif  qui est exploité aussi par les stations de Morillon, Sixt, Les Carroz et  Flaine, le tout étant concédé à la Compagnie des Alpes. Samoëns  est proche de stations très connues,  comme Morzine, les Gets  ou Sommand-Praz de Lys.

 La commune compte  2467 habitants permanents au dernier recensement. On les appelle  "Septimontains" en raison du fait que le village est entouré de 7 monts  (ou montagnes), dont le Criou qui culmine  2207 m.

Parmi les habitants célèbres du village, figure le Cardinal Gerdil (1718-1802), fils de notaire, érudit, écrivain, grand humaniste, excellent homme d'église et d'état,  qui fut élu pape par le conclave de 1800 mais dont l'élection fut récusée par l'empereur d'Autriche qui disposait alors d'un droit de veto.

On peu aussi signaler Mgr BIORD, évêque de Genève et d’Annecy  de 1764 à 1785. C’était l’évêque de Ferney, dont Voltaire disait dans une lettre, en substance : "Figurez-vous, que mon évêque, qui est fils de maçon, se mêle de me donner des leçons de morale". Voltaire connaissait ces maçons pour avoir eu recours à leur service pour son château de Ferney.

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Pour connaitre Samoëns et les environs, il suffit de se rendre sur internet en cherchant simplement le mot "samoëns". Pour une première approche, on peut retenir les points développés ci-après.

 

1-Prononciation du mot Samoëns

Ceux qui ne connaissent pas les particularismes savoyards  ont quelques difficultés  prononcer le mot  et à dire simplement "samoin".  En fait, dans la langue savoyarde ancienne  le son "in" s'écrivait "en" ou "ens". Beaucoup de mots savoyards en "ens" ou "o-ens" on été francisés en   "in" ou "oin"  (exemple Morgens est devenu Morgins ou Bergoen est devenu Bergoin). Il existe encore beaucoup de toponymes en "ens" que les locaux prononcent  "in". Exemples : Lens, Mens,  Bassens . A noter que pour la ville de Thorens où il est né, François de Sales écrivait "Torin" pour respecter la prononciation d'alors.

A signaler qu'à Chambéry, selon la même règle, Lémenc se  prononce "lémin".

 

2-Le patrimoine historique             

Le centre historique du village a bien été mis en valeur. Il n'est cependant pas très ancien  car le  bourg  a été détruit en 1476 par les envahisseurs bernois à la suite de la défaite savoyardo-bourguignonne de Morat. Il   reste  très peu de choses antérieures au XVIème siècle, période d'intense reconstruction. Seules, dans l'église Notre-Dame de l'Assomption, la tour clocher et la chapelle Saint-Claude ont résisté au ravage. La tour  solidement fondée sur un glacis de  pierres de torrents, s'élève massivement, appareillée de beaux blocs  en  forme de parallélépipède.

Au centre du village, on trouve,  outre l'église, la mairie, la grenette, la fontaine et un vieux et gros  tilleul qui  aurait été planté en 1438.  Il a donné son nom à la place   "place  du gros Tilleul."

Ce tilleul mesure 9,80 mètres de circonférence et ses racines sont aussi longues que ses branches! Sa margelle (muret qui l'entoure) a été agrandie par un tailleur de pierres septimontain, pour le protéger de la circulation. Les touristes  s'y assoient pour écouter les concerts ou suivre les nombreuses animations proposées sous la grenette toute proche.

Le Gros Tilleul  est l'arbre emblématique de Samoëns. On dit qu'il été planté  pour célébrer un jugement rendu par le Duc Amédée VIII de Savoie, confirmant aux habitants de Samoëns la possession des alpages de Frétérolle, Chardonnière, Vigny et Cuidex, situées dans la vallée voisine de la Manche.

Sur le fronton de la grenette,  on peut apercevoir le blason de Samoëns avec les  "sept monts". La grenette est le lieu central du village où se déroulent de nos jours la plupart des animations : pots d'arrivée des vacanciers, concerts, bals, diaporamas, expositions. On trouve dans cet ancien marché couvert, une balance sur laquelle les paysans venaient faire peser leur grain ou les animaux qu'ils voulaient vendre.

Le patrimoine de la commune  comporte  aussi   9 chapelles, construites pour la plupart  au 17ème siècle, c'est à dire au moment de  la contre Réforme. Elle réussit le pari d'allier patrimoine historique et beauté de la nature au même endroit.

 

3-Le parc alpin  créé et financé par la famille Cognacq-Jaÿ

La Jaÿsinia est un jardin sculpté sur le flanc montagneux sud dominant le village et offrant un magnifique panorama. Il s'étend sur 3,7 hectares, sur un terrain en forte pente (80 mètres de dénivelé). Il compte plus de 5000 espèces de la flore de montagne provenant des cinq continents. Depuis 1936, il est sous la Direction scientifique du Muséum national d'Histoire naturelle. Le jardin est doté d'un laboratoire où s'effectuent de nombreuses recherches.    Il comporte, outre les plantes, des jeux d'eau et de cascades, des scènes arborées, les ruines du château de la Tornalta (XIIème), une chapelle (XVIIIème).

C'est un  jardin  botanique exceptionnel,  unique en son genre dans les Alpes.  A la fois lieu d'étude et véritable havre de paix au centre du village  où l'on vient se ressourcer. Il constitue un passage obligé pour qui visite ou  séjourne à Samoëns.

La création du jardin a été décidée et financée par  la famille Cognacq-Jaÿ. Il a été inauguré le 3 septembre 1906.

C'est le 1er juillet 1838 que naquit une petite Septimontaine nommée Marie-Louise Jaÿ dont le destin allait marquer le village et... Paris ! A 15 ans, la jeune fille part tenter sa chance à Paris, comme beaucoup Savoyards à l'époque. Elle devient vendeuse au magasin La  Nouvelle Héloïse. C'est là qu'elle rencontre Ernest Cognacq, qui est aussi vendeur et qui est originaire de l'ile de Ré. Elle l'épousera en 1872 alors qu'il s'est déjà mis à son compte en 1869 dans une modeste boutique, dénommée La Samaritaine, située dans une des arches du Pont Neuf. Le succès venant, ils construisent ensemble un deuxième magasin rue de la Monnaie, entre 1905 et 1910.  Leur troisième magasin est construit dans le triangle Rue de Rivoli/rue du Pont Neuf/rue du Boucher. Les travaux sont terminés en 1933. A leur mort, le couple laisse une entreprise florissante  de 8000 employés et des locaux de vente de plus de 47000 m².

A la tête d'une immense fortune, sans enfant, Marie-Louise et Ernest consacrèrent la fin de leur vie aux bonnes œuvres et n'oublièrent jamais le village natal de Madame, ce qui les amena à créer le  jardin botanique de la Jaÿsinia.

C'est en 1916 qu'ils ont créé la Fondation caritative Cognacq-Jaÿ qui  existe toujours. Elle a financé nombre d'institutions, par exemple, la maison d'enfants de Monnetier-Mornex.

Elle est décédée à Paris en 1925 et son mari en 1928.

 

4-Ferme écomusée du Clos Parchet

L'écomusée permet de découvrir l'histoire d'une famille de la haute vallée du Giffre à travers la visite d'une ferme authentique où est recueillie la collection de Pierre et Simone Déchavassine.

Né de la volonté de faire revivre une ferme traditionnelle datée de 1815, l'écomusée du Clos Parchet a ouvert ses portes en 1994. Il accueille le public au cours de visites guidées animées par les Guides du Patrimoine des Pays de Savoie.

Cette ferme, inscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, est restaurée à l'ancienne et est meublée dans l'esprit du 19ème siècle. Le bâtiment principal permet d'évoquer la vie à cette époque grâce à la cuisine (la cuzna), la pièce principale (le pèle), les écuries, la grange à foin, ainsi que les bâtiments annexes (four à pain, grenier et remise). Une collection inventoriée de plus de 2000 ustensiles illustre les travaux des champs et les vieux métiers propres à la haute vallée du Giffre : l'agro-pastoralisme, les cultures traditionnelles, le travail du bois et de la pierre, etc...

Témoignage du déplacement familial selon l'altitude et les saisons, cette ferme de remue se situe à 1000 m d'altitude sur les adrets (le versant sud) de Samoëns. Au gré du temps, elle est passée d'un habitat temporaire à un habitat permanent. Enfin délaissée, son environnement destiné aux pâturages doit être sauvegardé et mis en valeur.

Des animations spécifiques y sont organisées, notamment pour les enfants. Un groupe de chanteurs amateurs s'y réunit toutes les semaines  pour apprendre des chants traditionnels savoyards et, de temps en temps, donner des concerts.

 

5- Frahans et kègnes: tailleurs de pierres et maçons  de Samoëns et du Haut-Giffre

Samoëns est très connue, surtout par les historiens, pour être  le pays des maçons et des tailleurs de pierres.  Ils faisaient partie des travailleurs migrants saisonniers dont on sait qu'ils étaient nombreux dans la Savoie d'autrefois.

S'il y avait tant de tailleurs de pierres à Samoëns et dans les villages voisins de la Haute Vallée du Giffre, c'est que la région regorge de roches calcaires de bonne qualité pour la taille et cette possibilité engageait les paysans à faire ce type de travail.

On trouve les premières traces écrites de maçons ou tailleurs de pierre au XVème siècle. Ils s'organisent en confréries, comme cela se faisait pour toutes les corporations de métiers. Assez rapidement émergèrent des "maitres-maçons" qui étaient de vrais architectes et entrepreneurs capables de traiter tout un chantier de construction en embauchant des ouvriers dans les différents corps de métiers. Evidemment, ils  privilégiaient les maçons du Haut Giffre et  aussi  les charpentiers de cette vallée, très réputés également. En 1659, ils restructurent leur organisation et créent une nouvelle confrérie  sous le vocales des saints martyrs" les quatre couronnés", réservée aux maitres maçons (alors au nombre de 35). Cette confrérie servait non seulement à donner un cadre juridique à l'organisation de leur profession mais c'était aussi une " machine à trouver des contrats".

PS : "les 4 couronnés" sont des sculpteurs chrétiens mis à mort  en 306 par l'empereur romain Dioclétien pour avoir refusé de sculpter une statue en l'honneur du dieu païen Esculape. Leur nom francisé  est   Claude, Castor, Symphorien et Nicostrate. Aux quatre saints, on ajoute souvent celui d'un compagnon, Simplicien.

A la belle saison, ils quittaient le pays, par équipe d'une vingtaine, sous la conduite de chefs qui avaient préalablement démarché les chantiers. Leur savoir-faire était très  réputé, si bien qu'ils furent appelés dans toute la région, en Savoie, à Lyon, en Franche Comté, en Alsace , en Suisse, Allemagne …, mais aussi pour des chantiers importants plus ou moins lointains, par exemple : par Vauban pour ses fortifications, par Bonaparte pour les canaux de Saint Quentin, à Givors et même très loin en Pologne ou en Louisiane….. 

La compagnie formait des apprentis dans sa propre école  qui abritait une importante bibliothèque. Elle menait aussi des actions philanthropiques, prenait soin des malades…

Pour communiquer entre eux et pour ne pas se faire comprendre des autres, ils utilisaient un dialecte bien à eux : « le mourmé», comprenant environ 2000 mots. Le mot  Frahans  vient de leur dialecte et veut dire simplement "tailleurs de pierres", un "kègne" est un maçon, un "bouscolin" un charpentier....  On connait mal l'origine du  mourmé, mais c'était un véritable argot  inspiré, sans doute,  par le langage qu'utilisaient des  migrants sillonnant le Faucigny aux 16 et 17èmes siècles.  Certains mots étaient simplement formés par une inversion de syllabes : ex: "tréca" pour quatre.

Le déclin des maçons de Samoëns et du Haut-Giffre intervint rapidement à la fin du XIXème et au début du XXème siècle pour différentes raisons. La plus importante, sans doute, est liée  aux évolutions technologiques dans la construction, le béton armé, les charpentes métalliques… ont remplacé les méthodes traditionnelles et ont supprimé  l'emploi de  pierres naturelles taillées. En outre, depuis longtemps déjà l'émigration saisonnière se transformait en émigration  définitive sur les lieux où il y avait du travail. Ce mouvement était facilité par  le développement  des moyens de transport, chemin de fer en particulier. Cette émigration s'inscrivait aussi dans le cadre du fort exode rural qu'a connu la Savoie après l'annexion. Pendant cette période, il y a eu aussi l'arrivée d'immigrés italiens dont quelques uns étaient de vrais professionnels mais dont on peut penser qu'ils n'ont pas concurrencé les maçons septimontains mais qu'ils ont simplement compensé leur disparition.

L'école de dessin  des maçons  a continué à vivoter en devenant une simple classe de formation professionnelle, elle  a fermé en 1951, marquant, par là même, la fin de l'histoire de la migration des maçons de Samoëns et du Haut Giffre.

Des témoignages de leur talent subsistent partout sur l'architecture du village. Aujourd'hui encore, plusieurs tailleurs de pierre perpétuent la tradition. La confrérie s'est transformée en association à but culturel : « la Société des Maçons ». Elle propose des visites guidées à la découverte du patrimoine local, des expositions, des conférences...

Pour mieux connaitre le sujet, on pourra se reporter à l'ouvrage ci-dessous.