La population des départements savoyards, l'émigration traditionnelle et les Savoyards dans le monde


                                                                                         
L'émigration savoyarde est un phénomène ancien bien connu. Il a profondément marqué l'histoire savoyarde mais il ne faudrait pas croire que ce phénomène n'a concerné que la  Savoie, pays montagneux et pauvre. En fait, ce mouvement  de population  a affecté, plus ou moins, toutes les zones de montagne  et beaucoup de campagnes françaises. Ces départs étaient évidemment, pour la plupart, motivés par le  souci de fuir la misère en allant aller  chercher ailleurs de meilleures conditions d'existence.

Ce mouvement a pris beaucoup d'ampleur au 19ème siècle à  la suite de l'essor démographique conjugué à de fortes de demandes de main d'oeuvre découlant  de la révolution industrielle. Au 20ème siècle, surtout après la 2ème   guerre mondiale, les départements savoyards, comme l'ensemble de la  France, ont connu un fort exode rural découlant à la fois de l'appel de la ville et de la mécanisation des travaux agricoles  réduisant les besoins de main d'œuvre. Par conséquent, il s'en est suivi l'abandon de toutes les terres dont la culture  ne pouvait être mécanisée.

Plus généralement, les jeunes générations ont introduit une nouvelle conception de l'agriculture où la ferme devient une exploitation économique et non plus un mode de vie où les paysans vivaient en autarcie et repliés sur eux-mêmes. Il faut aussi tenir compte des effets de la concurrence mondiale qui se développe beaucoup depuis quelques années.
Il résulte de tout ceci qu'aujourd'hui, beaucoup de villages de montagnes n'ont plus, ou presque plus, de paysans et que cette situation n'est pas sans conséquences sur la protection de l'environnement mais aussi au plan touristique. Le phénomène est d'autant plus fâcheux qu'il s'accompagne de  l'abandon de l'exploitation des forêts où les engins mécaniques ne peuvent accéder.

1) Emigration traditionnelle aux 17, 18, 19èmes siècles

 Ce phénomène est relevé dès le 17ème siècle, il s'est développé aux 18ème et 19ème siècles. Il faisait suite à des crises provenant d'accidents  climatiques, de guerres, d'épidémies, entraînant la disette et la misère. Par ailleurs, des paysans des régions montagneuses profitaient du décalage des saisons ou de l'hiver pour aller  chercher un complément de revenus. Evidemment, presque toujours, ces migrants devaient accepter les travaux  que la population locale ne voulait pas faire. Il n'y a pas de statistiques précises sur l'importance de ces mouvements mais on peut estimer qu'aux périodes les plus fortes, 3 hommes sur 10 allaient, chaque année, travailler quelques semaines, quelques mois ou davantage hors de leur village. On peut classer ces emplois en plusieurs catégories :

 a)  colporteurs  vendant  des objets de toutes sorte : mercerie, bonneterie,  tissus,  quincaillerie,  bijoux bon marché …
 b) emplois d'ouvriers spécialisés,  notamment dans le bâtiment : maçons,  tailleurs de pierre…
 c) travaux agricoles et viticoles, notamment paysans de la Savoie du nord se rendant en Valais et dans le pays de Vaud.
 d) pour la grande masse des émigrants, emplois divers demandant peu ou pas de qualification ou rebutants dans les villes françaises, surtout à Paris :  porteurs, frotteurs, commissionnaires, ramoneurs…. Ces emplois font partie de cette catégorie des gagne-deniers qui se gonfle dans les villes du XVIIIe siècle, payés à la tâche, dépourvus de statut, toujours en quête d'embauche et voués à la  misère. Concernant les petits ramoneurs, il faut observer que tous les ramoneurs de Paris n'étaient pas savoyards, il en venait aussi d'autres régions de France.

 On constate que ces migrants étaient essentiellement des hommes mais il y avait aussi des femmes  se plaçant comme servantes (employées de maison) ou nourrices, voire ouvrières.  En Savoie du Nord, beaucoup allaient faire  "les effeuilles" dans les vignes du Pays de Vaud.
 Au départ, l'émigration est saisonnière, mais elle se prolonge parfois et devient définitive. Certains migrants réussissent très bien, notamment dans le commerce,  mais ils n'oublient pas leur village, c'est ainsi que l'on relève   des dons ou des legs importants pour  restaurer ou embellir l'église ou  fonder une école.

A partir du milieu du 19ème siècle l'émigration s'amplifie et elle devient de plus en plus définitive.  Par exemple vers 1860, on estime à 60.000 les Savoyards à Paris et 10.000 à Lyon (où on en trouve beaucoup dans le textile, la soie). On note aussi des départs vers les colonies françaises.
De même, c'est à cette époque que commencent des départs  vers des pays neufs surtout Argentine mais aussi Uruguay, Canada, Etats Unis … pour profiter des conditions favorables qu'offraient les autorités de ces pays.

 Un des caractères importants de l'émigration savoyarde, est la forte solidarité qui y règne. On ne part pas seul, mais en groupe. Les jeunes ramoneurs, en particulier, constituent des sortes d'équipes encadrées par un "entrepreneur", qui a l'expérience de plusieurs voyages et donc a une bonne connaissance des pays qu'il avait parcourus et des petits profits que l'on pouvait y faire. Cet ancien rassemblait les jeunes désirant le suivre. Les
pères de famille s'empressaient de lui présenter leurs enfants, de louer leur intelligence, leur santé et leurs talents... Chaque père recommandait à ses enfants de lui obéir, de le respecter, de lui tenir compte de tous les profits, de pratiquer avec exactitude les devoirs de la religion et de revenir au pays au printemps  sans aucun reproche.

On ne va pas n'importe où, mais, par des itinéraires connus, jalonnés d'étapes traditionnelles, vers les régions où l'on est assuré de retrouver des compatriotes. Chaque paroisse a ses propres destinations. Vivant souvent en communauté dans les chambrées, les immigrés manifestent également une  forte solidarité morale et se montrent soucieux de leur réputation.

A Paris dans  les années 1730, les jeunes immigrés savoyards sont si nombreux et dans situations si précaires qu'un prêtre, l'abbé de Pontbriand,  crée une organisation pour leur venir en aide et aussi pour leur apporter les secours de la religion en leur dispensant des cours de catéchisme. De même, vers les années 1820, l'abbé Cattet  avait créé "l'oeuvre des pauvres Savoyards de Lyon"  (voir détail à la page Travaux)


2 -Situation  actuelle des départements savoyards

 La situation s'est complètement inversée, la région Savoie devient une terre d'immigration.  En 1921, la population totale des deux départements avait atteint le minimum, soit 460 000 habitants, elle est de 1000 000 au recensement de l'année 1999. Le mouvement de progression continue, surtout dans la Savoie du Nord. Cette situation vient du fait que les inconvénients d'autrefois sont devenus des avantages : les montagnes attirent les touristes, surtout en hiver pour le ski mais aussi en été.

Mais l'augmentation de la population vient aussi  du développement économique des départements et également par l'appel de l'économie suisse à la  main d'oeuvre de frontaliers français, de plus en plus nombreux surtout dans le canton de Genève, mais aussi dans le Valais et en Pays de Vaud. A fin décembre 2007, on a recensé  60.630 frontaliers travaillant dans  le canton de Genève (dont 47.977 pour la  Haute Savoie, le reste pour l'Ain).

3- Les Savoyards dans le monde aujourd'hui

 On trouve des Savoyards dans toutes les parties du monde. Il y a certes les descendants des nombreux émigrants du 19ème siècle  mais, aujourd'hui, de nouveaux  migrants, souvent des ingénieurs et des techniciens, sillonnent le monde pour  représenter leurs entreprises. C'est par exemple, le cas  des entreprises de décolletage ayant créé des filiales ou des bureaux en République Tchèque, en Chine ou au Brésil….

C'est en Argentine que l'on trouve les  communautés savoyardes les plus organisées et qui sont constituées par les descendants des émigrants  de la deuxième partie du 19ème  siècle, appelés par le gouvernement argentin pour mettre en valeur le pays. Dans les années 1980, les liens ont été reconstitués avec les cousins restés en Savoie. Des échanges ont été organisés, une association Savoie-Argentine a été créée et, avec l'aide des départements, elle a financé la construction de deux centres dans la province d'Entre Rios, pour l'apprentissage de la langue française.
 Dans d'autres régions où, moins nombreux, ils  sont souvent fondus dans la communauté francophone et se regroupent autour des consulats ou des bureaux de l'Alliance française (Maroc, Mexique, Uruguay, Canada,  USA,  Afrique du Sud….).
Ces migrants peuvent être des atouts pour l'économie savoyarde, si bien que la CCI de Chambéry a entrepris de les recenser pour leur proposer de faire la promotion des produits et du savoir-faire savoyards. Voir le site "les savoyards dans le monde".


     Sélection de sites à consulter : Archives départementales :   www.Sabaudia.org    et    www.savoyardsdanslemonde.com  
Pour l'Argentine: se reporter à la page "les associations".                                                                                                          
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