Lyon et les Savoyards en 1793. Qui était  le général Doppet?


A cette époque, de nombreux Savoyards vivaient à Lyon. Beaucoup étaient largement intégrés dans la vie de la cité. Pendant la période révolutionnaire, quelle a été leur attitude et celle de leur pays, la Savoie ?

1-Autorités de la Savoie, Savoyards de Savoie, militaires enrôlés dans l'armée française

Dans un premier temps la Savoie se contente de suivre en spectateur la Révolution française de 1789, même si quelques Savoyards se dépensaient beaucoup sur place et à Paris (notamment Doppet, Dessaix…). La Révolution ne s'est installée en Savoie qu'avec l'arrivée  des armées révolutionnaires dans la nuit du 21 au  22 septembre 1792 et le rattachement  à la France  voté par la Convention le 27 novembre de la même année.
Mais dans l'ensemble la population savoyarde n'a vraiment perçu les effets de la Révolution qu'en 1793 avec l'application de la constitution civile du clergé, l'appel de 4000 soldats et avec les évènements dramatiques qui se déroulèrent dans la région de Thônes.

Pendant le même temps, Lyon vit une véritable crise identitaire, c'est à dire que, si on adhère aux principes généreux de la Révolution parisienne, on voudrait les appliquer "à la lyonnaise". Naturellement, cette situation est mal perçue par la Convention qui est déjà aux prises avec les évènements de Vendée et la guerre avec les états voisins (1ère coalition).

A partir de février 1973, Joseph Chalier et ses partisans, les "Montagnards lyonnais", réclamant une véritable égalité sociale et économique, partent à l'assaut de la municipalité, dirigée par Nivière-Chol, un modéré. Ils parviennent à faire élire un des leurs, Bertrand. Cette situation affole les bourgeois et les marchands-fabricants mais également les travailleurs de la soie qui ont peur de perdre leur travail. Les patriotes sont donc divisés, ce qui est d'autant plus fâcheux que les défenseurs de l'ancien régime existent toujours même s'ils se manifestent moins depuis 1790, bien que leur nombre croisse du fait des excès de la Révolution.
Le soulèvement lyonnais du 29 mai 1793 est très mal perçu par la Convention (les Montagnards ont écarté les Girondins le 2 juin) car la présence de royalistes, notamment le général Précy à la tête de l'armée lyonnaise, a permis de déclarer la ville de Lyon comme hostile à la République et donc contre-révolutionnaire. La Ville et ses habitants paieront très cher leur volonté d'émancipation : un siège de plus de 60 jours, la ville rebaptisée en "Commune affranchie", une terrible répression entraînant 1876 exécutions (du 4 au 27 décembre 1793). En outre, la ville est coupée de son arrière-pays, le département du Rhône-et-Loire étant scindé en deux parties : le Rhône avec chef lieu Lyon et la Loire, chef lieu d'abord Feurs en 1793 , puis Montbrison à partir de 1795, puis  Saint Etienne  depuis 1857.

Compte tenu du grand nombre de Savoyards installés à Lyon, il n'est pas étonnant de trouver des volontaires du département du Mont-blanc lors de la journée du 29 mai 1793, il y en a  même dans les derniers défenseurs de l'Hôtel de Ville. Dans le camp des vaincus au matin du 30 mai, le commandant des volontaires savoyards doit  justifier sa conduite devant la Municipalité. Il déclare avoir été trompé par les anarchistes (c'est à dire les partisans de Joseph Chalier) qui auraient enivré ses hommes. Le bataillon put alors quitter Lyon sans être  inquiété.
Après cet épisode, il ne semble plus y avoir eu de participation active de la Savoie ou des Savoyards de Savoie aux affaires lyonnaises. Il est vrai qu'après la répression  de Lyon et celle des mouvements de Thônes, ils avaient sans doute compris que ça coûte cher de s'opposer à la Convention.

En ce qui concerne les Savoyards enrôlés dans les armées de la République, il n'y a pas de statistiques permettant de savoir à quelles opérations ils ont participé. Il y en certainement eu dans l'Armée des Alpes qui a fait le siège de Lyon à partir du 7 août 1793 puisque les soldats venaient de tous les districts de la région lyonnaise. Mais les bataillons de volontaires, emmenés par Couthon en septembre 1793, pour renforcer l'Armée venaient d'Auvergne. Ce ne sont donc pas des soldats savoyards qui ont pénétré dans la Ville de Lyon le 9 octobre. En revanche, c'est bien un Savoyard qui commandait l'armée à ce moment là : François-Amédée Doppet.
    Doppet  (né à Chambéry en 1753, mort en 1799)  avait été successivement soldat, comédien, médecin. A la Révolution, il devient patriote et partisan du rattachement de la Savoie à la France. Il est à la tête de la légion des Allobroges qui faisait partie de l'armée du général Montesquiou qui entra en Savoie le 22 septembre 1792. Le 11 septembre 1793, il remplace le général Kellermann à la tête de l'armée des Alpes, jugé alors trop mou. Il arrive à Lyon le 26 septembre et en repart le 26 octobre. Il commande donc l'armée au moment le plus dramatique pour la Ville : elle est prise le 9 octobre et le 12 octobre, c'est la publication du décret "Lyon a fait la guerre à la République, Lyon n'est plus". L'histoire retient qu'il a une responsabilité dans la dureté du siège  et la sévérité de la répression.
    Dans ses mémoires parues en 1797, Doppet se défend de ces accusations en disant qu'il n'a fait qu'obéir aux ordres, que la répression violente n'a commencé qu'après son départ et que l'accusation de férocité n'est apparue que lorsque la Convention le destitue de son commandement de l'armée des Pyrénées orientales le 4 février 1795. Lui, qui était un Jacobin et un bon républicain,  se dit victime de la réaction thermidorienne. Pour lui, la dernière attaque du 29 septembre a été indispensable  car la reddition ne venant pas, il dut se résoudre à attaquer et que, de plus, une colonne royaliste, abandonnant Lyon, l'obligea à combattre ce qui causa de lourdes pertes aux hommes du général Précy. Pour lui, toute la responsabilité de ces terribles évènements est imputable aux royalistes, ce sont eux qui l'accusent, eux qui ont la haine contre lui car il est républicain et sans-culotte.

On peut retenir de ces évènements que Lyon a joué un rôle non négligeable dans la mise en œuvre du principe démocratique d'expression majoritaire. En effet, ses habitants ont affirmé leur attachement à une pratique modérée de la chose publique à une époque où modération rimait avec aristocratie. Quant à Doppet, son image n'est pas bonne en Savoie, évidemment, mais aussi en France. Cela provient de ses idées jacobino-républicaines totalement hermétiques au modérantisme et aussi au non-respect de ceux qui pensaient autrement que lui. De plus, l'opération de Lyon qui n'est pas considérée comme un succès militaire. Mais Doppet n'était-il pas davantage un doctrinaire politique qu'un militaire?

2- Les Savoyards de Lyon

Les Savoyards de Lyon ont participé tout naturellement aux mouvements lyonnais car ils se sentent intégrés et concernés parce que c'est la ville qui les fait vivre. Ils quittent la Savoie pour aller travailler à Lyon et, bien évidemment, ils sont favorables au rapprochement entre la France et la Savoie.
Toutefois, on ne peut savoir, combien ont participé au soulèvement de Lyon, ni si beaucoup sont partis pour aller se mettre à l'abri dans leur village d'origine ou simplement fuir la crise économique, mais on a trouvé trace de personnes nées en Savoie et résidents à Lyon en 1793. Les rares études existant sont des enquêtes partielles et n'ont de valeur que d'exemples, elles sont basées sur le lieu de naissance des personnes concernées :
-    le 20 septembre, un garçon de peine, natif de Sollières en Maurienne, âgé de 28 ans, est tué par un boulet
-    le 4 octobre, un  homme de 25 ans, originaire de Saint-Paul, est blessé par des éclats de bombe (St Paul: certainement le village situé près de Yenne).

Si l'on étudie la liste des personnes arrêtées à la fin du siège, on trouve 47 originaires du département du Mont-Blanc (Savoie). Leur âge moyen est de 42,5 ans, avec une fourchette allant de 21 à 72 ans. On peut estimer qu'en moyenne, ils sont à Lyon depuis 20 ans. Ils viennent majoritairement du département de Savoie actuel. Ils exercent 44 métiers différents, mais 4 représentent 60% de la population : marchands, métiers de la soie, domestiques et charpentiers. Ils habitent essentiellement dans la presqu'île.
Sur les 47 personnes arrêtées, 27 ont été condamnées à mort (guillotinées ou fusillées). Concernant  les motifs de condamnation, on relève 24 "attitudes contre-révolutionnaires" et 24 " pour avoir participé à la défense de Lyon". Certains ont plusieurs motifs de condamnation. La liste ne comporte aucun nom de femme.
    Lors de la répression, beaucoup de Lyonnais ont fui la ville pour se réfugier dans leur région d"origine ou pour l'étranger. Un certain nombre sont morts en cours de route car il était interdit de les héberger et de les nourrir sous peine de mort. Combien y avait-il de Savoyards parmi  eux?

Remarque: Le présent article a été écrit essentiellement avec les notes prises lors d'un  cours à l'Université Tous Ages  sur l'histoire de Lyon, dispensé par le professeur Bruno BENOIT .
                        
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